L’annulation de RightsCon accentue les déséquilibres mondiaux de pouvoir

Hier, le secrétaire permanent du ministère de l’Information et des Médias du gouvernement zambien, M. Thabo Kawana, a rédigé une brève note annulant la conférence RightsCon, prévue de longue date et qui devait débuter dans un peu moins de 5 jours. Plus de 5 000 personnes qui comptaient sur les paroles et les engagements du gouvernement zambien se sont retrouvées dans l’impasse, s’efforçant de donner un sens à un revirement aussi soudain qu’absurde.

L’explication de M. Kawana sonne creux aux oreilles de tous ceux qui la lisent, à tel point qu’il vaut la peine de la répéter ici : « Le report a été rendu nécessaire par la nécessité de divulguer de manière exhaustive des informations cruciales relatives aux questions thématiques clés proposées pour discussion lors du sommet. » Le programme de RightsCon était affiché depuis des semaines. Les sujets sont prévisibles pour la première conférence mondiale sur les technologies au service des droits humains : ils concernent les droits humains et la technologie. Il n’y a aucune ambiguïté dans la programmation qui justifierait une « nécessité de divulgation exhaustive ».

Alors, qu’y a-t-il vraiment derrière tout cela ? Bien que les spéculations aillent bon train, seuls M. Kawana et ses pairs en ont la certitude.

Ce faisant, la Zambie a perpétué un stéréotype. Non pas sur l’Afrique, mais sur le déséquilibre des structures de pouvoir au cœur de tout le travail en faveur des droits de l’homme. À la lecture de la note de M. Kawana, le consensus n’est pas que la Zambie ait pris cette décision de son propre chef, mais qu’on lui ait demandé, ou ordonné, de prendre cette mesure. L’opinion dominante est qu’elle a subi des pressions de la part d’une nation plus puissante.

Au cours de cette RightsCon, eQualitie devait accueillir la première édition africaine de SplinterCon – la conférence mondiale de référence sur la fragmentation du réseau. Le thème de notre événement cette année, qui aura tout de même lieu en ligne le 5 mai, est le colonialisme numérique. Il abordera la tendance à la dépendance technique des pays du Sud et l’exportation croissante d’outils de contrôle des réseaux qui érodent le pouvoir de la société civile et de la démocratie au sein de ces pays.

Il n’y a pas d’exemple plus parlant de ces risques que nous cherchons à mettre en lumière que cette annulation. Refuser l’accès à 5 000 personnes provenant de 150 pays, venant dans votre ville pour défendre les droits de pays comme la Zambie, d’un Sud souvent exclu de ces mêmes discussions sur la souveraineté numérique et la résilience, revient clairement à s’incliner.

RightsCon a pour vocation d’aider les plus démunis à s’organiser, à collaborer et à construire une cause commune par-delà les frontières et les continents. Elle existe parce que les communautés les plus touchées par la censure, la surveillance et la répression contrôlent rarement les systèmes qui les façonnent, mais en sont souvent tributaires.

Ce n’est pas un moment dont le gouvernement zambien peut être fier. À une époque où la force et le courage se font rares, fermer la porte à 5 000 défenseurs des droits humains, technologues, décideurs politiques et militants, dont beaucoup risquent leur vie et leurs moyens de subsistance pour défendre les droits d’autrui, est une perte pour tout le monde.

Nous pensons que le dialogue sur les droits humains et le rôle que joue la technologie dans nos vies à tous constituent le débat crucial de notre époque. Plus que jamais, nous avons besoin d’espaces pour nous réunir, de lieux pour discuter et de mécanismes pour partager nos histoires. Annuler RightsCon, ce n’est pas simplement fermer les portes d’une conférence ; c’est réduire au silence l’une des rares tentatives mondiales et collectives visant à construire une société plus juste et plus ouverte.

eQualitie condamne fermement cette décision.